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Mesures relatives à l'enfant 5 min de lecture

Pension alimentaire : peut-on légalement ne pas la payer ?

Peut-on cesser de payer la pension alimentaire ? Révision, suppression, risques pénaux. Guide complet par Excellim Avocats, cabinet droit de la famille à Lyon.

Maître Claire Genestier

Maître Claire Genestier

Avocat en droit de la famille — Barreau de Lyon

Pension alimentaire : peut-on légalement ne pas la payer ?
Sommaire de l'article

La question de savoir comment ne pas payer la pension alimentaire revient fréquemment dans les consultations juridiques. Derrière cette interrogation se cachent des réalités très différentes : un parent qui a perdu son emploi et ne peut plus faire face à ses obligations, un autre qui estime le montant injustement élevé, un troisième dont l’enfant majeur a achevé ses études et travaille.

Répondons d’emblée à la question centrale : non, on ne peut pas simplement cesser de payer une pension alimentaire. Tant qu’une décision de justice fixe son montant, le débiteur est tenu de la verser. Le non-paiement constitue un délit d’abandon de famille, puni par l’article 227-3 du Code pénal de deux ans d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

En revanche, la loi prévoit des mécanismes qui permettent de faire réviser le montant de la pension ou, dans certains cas précis, d’en obtenir la suppression.

Excellim Avocats, cabinet d’avocats en droit de la famille à Lyon, détaille dans cet article les situations dans lesquelles une modification est envisageable et la marche à suivre pour l’obtenir.

Le cadre légal : la pension alimentaire est un droit de l’enfant

L’obligation alimentaire des parents

L’article 371-2 du Code civil pose un principe fondamental : chacun des parents contribue à l’entretien et à l’éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l’autre parent, ainsi que des besoins de l’enfant. Cette obligation ne cesse pas avec la séparation ou le divorce.

La pension alimentaire n’est pas un transfert d’argent entre ex-conjoints. Elle est la traduction financière de l’obligation d’entretien que chaque parent doit à son enfant. C’est un droit de l’enfant, pas une faveur faite à l’autre parent.

La pension alimentaire après la séparation : qui décide du montant ?

Le montant de la pension alimentaire est fixé soit par accord entre les parents, soit par le juge aux affaires familiales (JAF) en l’absence d’accord. Le JAF prend en compte plusieurs critères :

  • Les ressources et charges de chaque parent
  • Les besoins de l’enfant (âge, santé, scolarité, activités)
  • Le mode de garde retenu (résidence habituelle, garde alternée)
  • Le nombre d’enfants à charge

Peut-on légalement cesser de payer la pension alimentaire ?

La réponse claire : non, pas unilatéralement

Aucune circonstance ne permet à un parent de décider seul de cesser le versement de la pension alimentaire. Concrètement, cela signifie que :

  • Perdre son emploi ne dispense pas du paiement (mais justifie une demande de révision).
  • Le remariage de l’autre parent ne supprime pas l’obligation.
  • Un conflit avec l’autre parent ne justifie pas l’arrêt du versement.
  • Le refus de l’enfant de voir le parent débiteur ne permet pas de cesser le paiement.
  • Le non-respect du droit de visite par l’autre parent ne constitue pas un motif de non-paiement.

Ce que la loi permet : la révision ou la suppression judiciaire

Si la loi interdit l’arrêt unilatéral, elle prévoit en revanche la possibilité de saisir le juge aux affaires familiales pour demander une modification du montant ou, dans certains cas, la suppression de la pension. C’est la seule voie légale.

Les motifs légitimes de révision de la pension alimentaire

L’article 373-2-13 du Code civil permet à chaque parent de saisir le JAF pour faire modifier la pension alimentaire en cas de changement de situation.

La baisse significative de revenus du parent débiteur

La perte d’emploi, un licenciement économique, une longue maladie, une mise en invalidité ou un passage à la retraite constituent des motifs sérieux de révision à la baisse. Le parent doit toutefois démontrer que cette baisse de revenus est réelle, involontaire et durable.

L’augmentation des ressources du parent créancier

Si le parent qui reçoit la pension voit ses revenus augmenter significativement, le débiteur peut solliciter une révision à la baisse proportionnelle.

Le changement de modalités de garde

Le passage d’une résidence habituelle chez un parent à une garde alternée modifie substantiellement la répartition des charges.

La majorité de l’enfant devenu autonome financièrement

L’obligation alimentaire ne cesse pas automatiquement à la majorité de l’enfant. Elle se poursuit tant que l’enfant n’est pas en mesure de subvenir seul à ses besoins. En revanche, si l’enfant majeur a achevé sa formation, occupe un emploi stable et dispose de revenus suffisants, le parent débiteur peut demander la suppression de la pension.

La naissance de nouveaux enfants à charge

L’arrivée d’un nouvel enfant dans le foyer du parent débiteur constitue un élément nouveau susceptible d’entraîner une révision.

La procédure de révision devant le juge aux affaires familiales

La requête en modification

La procédure débute par le dépôt d’une requête auprès du JAF du tribunal judiciaire du lieu de résidence du parent chez qui l’enfant réside habituellement. La requête doit être accompagnée des pièces justificatives :

  • bulletins de salaire ;
  • avis d’imposition ;
  • attestation Pôle emploi ;
  • certificats médicaux ;
  • justificatifs de charges.

Le déroulement de la procédure

Le JAF convoque les deux parents à une audience. La décision du JAF est exécutoire de plein droit.

L’aide juridictionnelle

Les parents disposant de faibles revenus peuvent bénéficier de l’aide juridictionnelle pour financer les frais d’avocat et de procédure.

Le conseil de Maître Genestier : Si votre situation financière a changé et que vous ne pouvez plus assumer le montant de la pension alimentaire, la pire erreur est de cesser les versements sans décision de justice. Même partiel, le maintien du paiement démontre votre bonne foi. Saisissez le juge aux affaires familiales le plus rapidement possible. Au cabinet, nous avons obtenu des révisions significatives pour des parents de bonne foi qui avaient suivi cette démarche.

Les risques du non-paiement : le délit d’abandon de famille

La qualification pénale (article 227-3 du Code pénal)

Le non-paiement de la pension alimentaire constitue le délit d’abandon de famille. Ce délit est constitué dès lors que le débiteur n’a pas versé la totalité de la pension pendant une durée de deux mois consécutifs. Les peines encourues sont lourdes :

  • 2 ans d’emprisonnement
  • 15 000 euros d’amende

Les conséquences civiles

  • Le versement d’arriérés avec intérêts de retard
  • La saisie sur salaire
  • La saisie sur comptes bancaires
  • La saisie des biens mobiliers et immobiliers
  • Le paiement direct auprès de l’employeur

Le recouvrement de la pension alimentaire impayée

Le recouvrement par la CAF (ARIPA)

Depuis 2023, l’intermédiation financière de la CAF est systématiquement proposée lors de la fixation d’une pension alimentaire. La CAF collecte la pension auprès du débiteur et la reverse au créancier. En cas de défaillance du débiteur, la CAF verse une allocation de soutien familial (ASF) au créancier et se retourne contre le débiteur pour récupérer les sommes dues.

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