La date à laquelle le divorce produit ses effets constitue un repère temporel dont dépendent de nombreuses conséquence en matière de droit patrimonial. Cette date varie selon la procédure empruntée et détermine notamment la dissolution du régime matrimonial, la fin de la communauté et la délimitation des biens et dettes entre les époux. Sa détermination précise s’avère donc nécessaire pour sécuriser les opérations de liquidation du régime matrimonial et éviter les contentieux ultérieurs. L’impact de la séparation sur les biens justifie une attention particulière à ce moment charnière de la procédure.
| Ce qu’il faut retenir La date des effets du divorce dépend du type de procédure : par consentement mutuel, judiciaire ou contentieux. Elle a un impact majeur sur le patrimoine : dissolution du régime matrimonial, répartition des biens/dettes et responsabilités individuelle des dettes postérieures. Elle influence aussi la prestation compensatoire et les droits des tiers. |
Détermination de la date des effets selon le type de divorce
Le divorce par consentement mutuel déjudiciarisé
Dans le cadre du divorce par consentement mutuel extrajudiciaire, la date des effets correspond à celle du dépôt de la convention chez le notaire. Les époux conservent toutefois la possibilité d’insérer une clause contraire dans leur convention, leur permettant ainsi de fixer une date différente, antérieure ou postérieure au dépôt. Cette date marque la fin de la cohabitation entre époux sur le plan juridique.
Cette souplesse offre aux époux une marge de manœuvre pour adapter les effets du divorce à leur situation patrimoniale particulière, notamment lorsque des opérations financières ou immobilières ont été réalisées avant la signature de la convention. La date de séparation choisie peut ainsi correspondre à la cessation effective de la cohabitation.
Le divorce par consentement mutuel judiciaire
Lorsque le divorce par consentement mutuel emprunte la voie judiciaire, la date des effets se situe au jour de l’homologation de la convention par le juge. Comme pour le divorce déjudiciarisé, les époux peuvent prévoir une clause fixant une date différente dans leur convention, ce qui permet d’aligner la date des effets sur la cessation de cohabitation effective.
Les divorces contentieux depuis la réforme de 2021
La réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2021 a modifié la détermination de la date des effets dans les divorces contentieux. Désormais, cette date correspond à celle de la demande en divorce, et non plus à celle de l’ordonnance de non-conciliation comme c’était le cas auparavant.
Cette modification législative vise à simplifier la procédure et à éviter les situations où plusieurs ordonnances de non-conciliation successives pouvaient créer des incertitudes. La Cour de cassation avait d’ailleurs eu l’occasion de préciser, dans un arrêt du 25 mai 2016 (Civ. 1re, n° 15-18.573 F-PB), que lorsque le divorce était prononcé après plusieurs procédures, la date d’effet correspondait à celle de l’ordonnance de non-conciliation de la procédure ayant abouti. Cette jurisprudence conserve son intérêt pour les procédures antérieures à la réforme.
La possibilité de report judiciaire et la séparation de fait des époux
Lorsqu’un des époux le sollicite, le juge dispose de la faculté de reporter la date des effets du divorce à une date antérieure à celle normalement applicable. Cette possibilité permet d’adapter les effets du divorce aux circonstances particulières de l’espèce, notamment lorsque la séparation de fait des époux est intervenue bien avant l’introduction de la demande.
La Cour de cassation exerce un contrôle sur l’exercice de ce pouvoir. Dans un arrêt du 31 mars 2010 (Civ. 1re, n° 08-20.729 FS-PBRI), elle a jugé qu’un refus de report devait être spécialement motivé. Cette exigence de motivation garantit que le juge examine effectivement la demande et prenne en compte les intérêts en présence, notamment la date réelle de cessation de la cohabitation.
Les conséquences patrimoniales de la date des effets
La dissolution du régime matrimonial et la fin de la communauté
La date des effets du divorce marque la dissolution du régime matrimonial. Pour les époux mariés sous un régime communautaire, cette date détermine le moment où cesse de fonctionner la communauté. À compter de cette date, les biens acquis par chaque époux lui appartiennent en propre et n’entrent plus dans la masse commune. Les régimes communautaires et séparation obéissent ainsi à des règles précises de liquidation.
Cette règle revêt une importance particulière pour les acquisitions réalisées entre la date des effets et le prononcé définitif du divorce, période qui peut s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années dans les procédures contentieuses complexes. L’analyse des ressources et des biens acquis durant cette période intermédiaire détermine leur qualification juridique.
La liquidation du régime matrimonial : délimitation des biens et des dettes
La date des effets sert de ligne de partage pour déterminer quels biens et quelles dettes entrent dans les opérations de liquidation du régime matrimonial. Les biens acquis avant cette date par l’un des époux avec des fonds communs constituent des acquêts, tandis que ceux acquis postérieurement demeurent propres à leur acquéreur. L’évaluation des biens immobiliers doit être réalisée à cette date de référence.
La Cour de cassation a récemment appliqué ce principe dans un arrêt du 6 mars 2024 (Civ. 1re, n° 22-15.411 F-D) concernant une assurance-vie souscrite après la date des effets du divorce. Elle a jugé que cette assurance-vie n’entrait pas dans les acquêts, même si elle avait été financée par des deniers communs. Cette solution illustre la portée de la date des effets : à partir de ce moment, les biens acquis par un époux lui appartiennent personnellement, indépendamment de l’origine des fonds utilisés.
Les conséquences sur les dettes
La date des effets détermine également le sort des dettes contractées par les époux. Les dettes nées avant cette date peuvent, selon leur nature et leur objet, constituer des dettes communes devant être prises en compte dans les opérations de liquidation. En revanche, les dettes contractées après cette date par l’un des époux demeurent en principe à sa charge exclusive.
Cette distinction présente un intérêt particulier pour les créanciers, qui doivent vérifier la date de séparation pour déterminer si leur créance peut être opposée aux deux époux ou seulement à celui qui l’a contractée. L’impact de la séparation sur les biens s’étend ainsi aux engagements financiers.

La prestation compensatoire et la date des effets du divorce
Détermination de la nature et modalités de la prestation compensatoire
La prestation compensatoire vise à compenser la disparité que la rupture du mariage crée dans les conditions de vie respectives des époux. La date des effets du divorce joue un rôle dans l’analyse des ressources de chaque époux, puisque le juge doit apprécier leur situation à la date du jugement de divorce.
L’évaluation de la prestation compensatoire nécessite une analyse des ressources et des besoins de chaque époux au moment du prononcé du divorce. Les revenus et patrimoines constitués après la date de séparation peuvent ainsi être pris en compte pour déterminer le montant de la prestation, même s’ils n’entrent pas dans la liquidation du régime matrimonial.
La fixation du montant et les modalités de versement
La nature et modalités de la prestation compensatoire dépendent de la situation patrimoniale des époux appréciée au moment du jugement. Le juge examine l’ensemble des éléments prévus par l’article 271 du Code civil, notamment la durée du mariage, l’âge et l’état de santé des époux, leur qualification professionnelle et leurs droits existants et prévisibles.
La date des effets influence indirectement le montant de la prestation compensatoire dans la mesure où elle détermine la composition du patrimoine à partager. Une date de séparation plus ancienne peut conduire à une situation patrimoniale différente au moment du prononcé du divorce.
L’autre effet de la date en matière de droit patrimonial
Le sort des donations entre époux
La date des effets du divorce influence également le sort des donations consenties entre époux pendant le mariage. Les donations de biens à venir sont révoquées de plein droit par le divorce, tandis que les donations de biens présents peuvent être maintenues selon les circonstances et la volonté des parties. Ces dispositions héritées du droit commun des libéralités s’appliquent à compter de la date de séparation juridique.
L’opposabilité aux tiers
La distinction entre la date des effets entre époux et son opposabilité aux tiers mérite d’être soulignée. Si la date des effets produit ses conséquences dans les rapports entre époux dès qu’elle est acquise, son opposabilité aux tiers nécessite l’accomplissement de formalités de publicité.
La transcription du divorce sur les actes d’état civil et l’apposition de mentions marginales permettent aux tiers de connaître la situation matrimoniale des personnes avec lesquelles ils contractent. Ces formalités protègent la sécurité juridique des transactions et évitent que des tiers de bonne foi ne soient lésés par l’ignorance de la dissolution du mariage.
Conclusion
La complexité des situations patrimoniales et la diversité des régimes matrimoniaux rendent nécessaire une analyse au cas par cas. Les enjeux financiers attachés à la date des effets justifient qu’une attention particulière lui soit accordée dès le début de la procédure de divorce. La collaboration entre époux, lorsqu’elle est possible, facilite la détermination d’une date de séparation adaptée à leur situation particulière et limite les risques de contentieux ultérieurs sur les aspects patrimoniaux du divorce.
Le conseil de Maître Genestier
Déterminer de manière précise la date des effets du divorce nécessite une attention particulière lors de la rédaction des conventions de divorce et dans le cadre des procédures contentieuses. Avec votre avocat, il convient donc de veiller à:
- Identifier avec précision la date applicable selon le type de divorce
- Évaluer l’opportunité d’insérer une clause fixant une date différente dans les divorces amiables, en tenant compte de la cessation effective de la cohabitation
- Recenser les opérations patrimoniales réalisées entre la date de séparation et le prononcé du divorce
- Vérifier le traitement des biens acquis et des dettes contractées pendant cette période intermédiaire
- Anticiper les conséquences sur les contrats d’assurance-vie et les placements financiers
- Préparer la liquidation du régime matrimonial en distinguant les biens selon leur date d’acquisition
- Évaluer l’impact sur la prestation compensatoire et procéder à l’analyse des ressources de chaque époux
- Accomplir les formalités de publicité pour rendre le divorce opposable aux tiers



