Aller au contenu principal
Excellim Avocats

Prestation compensatoire en cas de divorce : calcul et fiscalité

Couple en attente lors d'une procédure

La vie de couple a une influence certaine sur le niveau de vie du ménage. En cas de divorce, le train de vie du couple s’en trouve affecté et l’un des époux peut être défavorisé. C’est pour pallier à de telles disparités que le législateur a créé la prestation compensatoire.

Qu'est-ce que la prestation compensatoire ?

Comme le stipule l’article 270 du Code civil, la prestation compensatoire permet de compenser la disparité que la rupture du divorce crée dans les conditions de vie respective des époux. En bref, selon le cas, le conjoint qui a le revenu ou le patrimoine le plus faible pourra recevoir de la part de son ex époux(se) une somme d’argent ou une compensation en nature afin de ne pas perdre en qualité de vie. Une prestation compensatoire pourra aussi être fixée pour dédommager un des époux des choix qui ont été fait par le couple durant la vie commune, comme travailler à temps partiel, s’arrêter de travailler ou déménager souvent. Pour l’un comme pour l’autre, la fiscalité de la prestation compensatoire en cas de divorce s’avère être particulièrement intéressante. Vous êtes en instance de divorce et votre niveau de vie diffère de manière significative de celui de votre époux(se) ? Maître Claire GENESTIER, avocat expert en droit de la famille et du patrimoine à Lyon, étudiera votre situation avec rigueur pour que vous puissiez obtenir une prestation compensatoire au plus juste.

Comment calculer la prestation compensatoire ?

La loi n’établit aucun barème ni modalités de calcul de la prestation compensatoire. Cependant, un certain nombre de critères définis par l’article 271 du Code civil doivent être pris en compte par le Juge aux Affaires Familiales. Il s’agit notamment de :

  • la durée du mariage. Plus l’union a été longue, plus le déséquilibre pourra être important selon les choix de vie opérés ;
  • l’âge et l’état de santé des époux ;
  • les diplômes et la situation professionnelle de chaque conjoint ;
  • les choix qu’ils ont pu faire pendant le mariage pour l’éducation des enfants, puisqu’il arrive que l’un des conjoints ait mis sa carrière professionnelle en suspens pour s’occuper de leurs progénitures ;
  • la volonté de favoriser la carrière professionnelle du conjoint au détriment de la sienne ;
  • les biens actuellement détenus personnellement par chaque époux, y compris ceux provenant de donations ou d’un héritage ;
  • le patrimoine personnel estimé ou prévisible après la liquidation du régime matrimonial ;
  • leurs droits existants et futurs ;
  • leur situation respective en matière de pension de retraite.

La liste n’est pas exhaustive et chaque demande fait l’objet d’une étude au cas par cas. Toutefois, ces éléments permettront d’apprécier très exactement l’existence et les causes de la disparité, et de ce fait si la prestation compensatoire se justifie. Maître Claire GENESTIER vous conseille alors sur la somme que vous êtes en droit d’exiger au regard de votre situation personnelle, de la législation et de la jurisprudence.

Parlez-nous de vous

Le montant de la prestation compensatoire

Le niveau de l’indemnité compensatoire en cas de divorce, tout comme les modalités de versement, sera fixé à l’amiable entre les époux en cas de divorce par consentement mutuel. Dans le cas où les époux ne parviennent pas à un accord, une demande de prestation compensatoire doit être formulée au magistrat qui statuera en même temps que le divorce. Après, il sera trop tard ! Afin de compenser le plus justement possible les situations des époux découlant de la dissolution du mariage, le juge s’appuiera sur les besoins du demandeur et les ressources de l’autre conjoint. Il tient compte des particularités propres à la situation de chaque époux au moment du divorce, mais aussi de l’évolution attendue lorsque le mariage sera définitivement dissous.

Parlons-en

Les modalités de versement de la prestation compensatoire

L’indemnité compensatoire en cas de divorce peut être versée en une fois sous forme d’un capital, dès l’instant où le divorce est définitif. En application de l’article 275 du Code civil, la convention de divorce sous seing privé en cas de divorce par consentement mutuel ou le Juge aux Affaires Familiales en cas de divorce judiciaire peut autoriser à ce qu’elle soit réglée en plusieurs fois dans la limite de huit années. Elle peut également être attribuée en nature, comme l’affectation du droit de propriété, d’usufruit ou d’habitation. Exceptionnellement, le juge peut décider que le versement se fasse sous forme d’une rente viagère lorsque la situation personnelle ou la santé du demandeur ne lui permet pas subvenir à ses besoins. Quoi qu’il en soit, la fiscalité de la prestation compensatoire en cas de divorce est particulièrement favorable. En effet, le créancier est exonéré d’impôt sur la somme perçue et le débiteur bénéficie d’une réduction d’impôts si elle est réglée dans les 12 mois suivant l’enregistrement ou à compter de la date à laquelle le jugement est passé en force de chose jugée.

Parlons-en

Ce que la prestation compensatoire n'est pas

Il est important de ne pas confondre la prestation compensatoire avec d'autres mécanismes du droit de la famille :

  • Ce n'est pas une pension alimentaire : la pension alimentaire concerne l'entretien des enfants et se fonde sur l'obligation alimentaire. La prestation compensatoire, elle, vise exclusivement à rééquilibrer la situation entre les ex-époux.
  • Ce n'est pas une indemnisation du préjudice causé par le divorce. Les dommages et intérêts pour préjudice moral peuvent être demandés séparément, notamment dans le cadre d'un divorce pour faute.
  • Ce n'est pas liée à la faute d'un époux. La prestation compensatoire peut être accordée dans toutes les formes de divorce : divorce par consentement mutuel, divorce accepté, divorce pour faute ou divorce pour altération définitive du lien conjugal.
  • Ce n'est pas automatique : elle doit être demandée par l'un des époux et justifiée par l'existence d'une disparité dans les conditions de vie respectives.

Méthodes de calcul de la prestation compensatoire

Bien que la loi ne fixe aucun barème officiel, les praticiens du droit et les magistrats s'appuient sur des méthodes indicatives pour estimer le montant de la prestation compensatoire. Ces méthodes servent de base de discussion, notamment dans le cadre d'un divorce amiable.

La méthode de la rente capitalisée

Cette méthode consiste à évaluer la différence de revenus entre les deux époux, puis à multiplier cette différence par un coefficient qui tient compte de la durée du mariage et de l'âge du créancier. La formule de base est :

Prestation = (Revenus du débiteur - Revenus du créancier) / 2 x durée du mariage (en années) x coefficient d'âge

Le coefficient d'âge est un barème actuariel qui diminue à mesure que le créancier vieillit, reflétant la durée prévisible pendant laquelle la disparité se fera sentir.

La méthode UPC (Unité de Prestation Compensatoire)

Développée par des avocats spécialisés, cette méthode repose sur un calcul par points. Elle prend en compte la durée du mariage, l'écart de revenus, l'âge des époux, l'existence d'enfants et les perspectives professionnelles de chacun. Chaque critère se voit attribuer une valeur en points, et le total détermine un montant indicatif.

Ordres de grandeur

Les montants de prestation compensatoire varient considérablement selon les situations :

  • Pour un mariage court (moins de 5 ans) avec un écart de revenus modéré : de 5 000 à 20 000 euros ;
  • Pour un mariage de durée moyenne (10 à 15 ans) avec un écart significatif : de 30 000 à 80 000 euros ;
  • Pour un mariage long (plus de 20 ans) avec un époux ayant sacrifié sa carrière : 100 000 euros et au-delà, pouvant dépasser 200 000 euros dans les cas les plus importants.

Ces fourchettes sont purement indicatives. Chaque situation est unique et le montant final dépend de l'ensemble des critères de l'article 271 du Code civil. Maître Claire GENESTIER analyse votre dossier en détail pour déterminer le montant le plus juste.

Fiscalité de la prestation compensatoire

La fiscalité de la prestation compensatoire constitue un avantage non négligeable, tant pour le débiteur que pour le créancier. Elle varie toutefois selon les modalités et le délai de versement.

Avantages fiscaux pour le débiteur

Lorsque la prestation compensatoire est versée sous forme de capital dans les 12 mois suivant la date à laquelle le jugement de divorce est passé en force de chose jugée (ou la date d'enregistrement de la convention dans le divorce par consentement mutuel), le débiteur bénéficie d'une réduction d'impôt de 25 % du montant versé, dans la limite d'un plafond de 30 500 euros de réduction. Cela correspond à un versement maximal de 122 000 euros pour profiter pleinement de cet avantage.

En revanche, si le capital est versé au-delà de 12 mois ou sous forme de rente, le débiteur peut déduire les sommes versées de son revenu imposable, comme une pension alimentaire.

Exonération pour le créancier

Le créancier (celui qui reçoit la prestation compensatoire) est totalement exonéré d'impôt sur le revenu lorsque la prestation est versée en capital dans les 12 mois. Si elle est versée sous forme de rente ou de capital échelonné au-delà de 12 mois, les sommes perçues sont imposables au titre de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des pensions.

Droits d'enregistrement

Si la prestation compensatoire est versée sous forme de bien immobilier (attribution d'un droit de propriété, d'usufruit ou d'habitation), des droits d'enregistrement et de publicité foncière sont dus. En revanche, la prestation versée en capital numéraire est exonérée de droits d'enregistrement.

La prestation compensatoire dans le divorce amiable

Dans le cadre du divorce par consentement mutuel, les époux fixent librement le montant et les modalités de la prestation compensatoire dans leur convention de divorce. C'est un avantage considérable : les époux peuvent négocier un accord sur mesure, adapté à leur situation, sans dépendre de la décision d'un juge.

La convention est ensuite déposée chez un notaire qui lui confère force exécutoire. Le rôle de l'avocat est essentiel à cette étape pour s'assurer que le montant reflète la réalité de la disparité et que ses conséquences fiscales sont optimisées. Pour en savoir plus sur la procédure, consultez notre guide complet sur le divorce en France.

Révision de la prestation compensatoire

Le principe fondamental est celui de l'irrévocabilité : une fois fixée sous forme de capital, la prestation compensatoire ne peut pas être modifiée. C'est pourquoi il est crucial de bien évaluer son montant dès le départ.

Exceptions à l'irrévocabilité

L'article 276-3 du Code civil prévoit néanmoins des exceptions :

  • En cas de changement important dans les ressources ou les besoins de l'une ou l'autre des parties, la rente viagère peut être révisée, suspendue ou supprimée.
  • Le débiteur peut demander la conversion de la rente en capital, ce qui met fin à l'obligation de versements périodiques.
  • En cas de rente viagère, la révision est possible si le maintien de la rente en l'état procurerait un avantage manifestement excessif au créancier au regard des critères de l'article 271.

Attention : le simple fait que le débiteur rencontre des difficultés financières passagères ne suffit pas à justifier une révision. Le changement doit être significatif et durable.

Suppression de la prestation compensatoire

La suppression totale de la rente n'est envisageable que dans des situations exceptionnelles, par exemple lorsque le créancier a vu sa situation financière considérablement s'améliorer (remariage avec un conjoint fortuné, héritage important, reprise d'une activité professionnelle lucrative).

Décès du débiteur : que devient la prestation compensatoire ?

Le décès du débiteur ne met pas fin à l'obligation de verser la prestation compensatoire. Conformément à l'article 280 du Code civil, la charge de la prestation compensatoire est prélevée sur la succession du débiteur décédé.

Prélèvement sur la succession

Les héritiers du débiteur ne sont pas tenus personnellement au-delà de l'actif successoral. La prestation est déduite de la succession avant le partage. Si le capital restant dû dépasse l'actif de la succession, le créancier ne pourra percevoir que la part disponible.

Le rôle de l'assurance-vie

Pour anticiper cette situation, il est fréquent que le débiteur souscrive un contrat d'assurance-vie au bénéfice du créancier de la prestation compensatoire. Cette précaution garantit le versement intégral de la prestation même en cas de décès, sans grever la succession. C'est une solution particulièrement recommandée lorsque la prestation est échelonnée sur plusieurs années.

Questions fréquentes sur la prestation compensatoire

La prestation compensatoire est-elle obligatoire dans tout divorce ?

Non, la prestation compensatoire n'est pas automatique. Elle n'est due que s'il existe une disparité dans les conditions de vie respectives des époux créée par la rupture du mariage. Si les deux époux ont des revenus et un patrimoine équivalents, aucune prestation ne sera accordée. Elle doit par ailleurs être expressément demandée : elle n'est jamais octroyée d'office par le juge.

Peut-on demander une prestation compensatoire après le divorce ?

Non. La demande de prestation compensatoire doit impérativement être formulée au cours de la procédure de divorce, c'est-à-dire avant que le jugement ne soit devenu définitif. Une fois le divorce prononcé, il n'est plus possible de la réclamer. C'est pourquoi il est essentiel d'être bien conseillé dès le début de la procédure.

Comment est versée la prestation compensatoire dans un divorce pour faute ?

Les modalités de versement sont identiques quel que soit le type de divorce. Même dans un divorce pour faute, la prestation compensatoire est fixée selon les critères de l'article 271 du Code civil. La faute d'un époux n'a, en principe, aucune incidence sur le montant de la prestation. Toutefois, le juge peut exceptionnellement refuser de l'accorder si l'équité le commande, compte tenu des circonstances particulières de la rupture (article 270 alinéa 3).

La prestation compensatoire peut-elle être versée en nature ?

Oui, l'article 274 du Code civil prévoit que la prestation compensatoire peut prendre la forme de l'attribution d'un bien en propriété, d'un droit d'usufruit, d'un droit d'usage ou d'habitation. C'est fréquemment le cas lorsqu'un époux se voit attribuer la jouissance exclusive du domicile conjugal à titre de prestation compensatoire, en tout ou partie.

Que se passe-t-il si le débiteur ne paie pas la prestation compensatoire ?

En cas de non-paiement, le créancier dispose de plusieurs voies d'exécution forcée : saisie sur salaire, saisie sur compte bancaire, saisie immobilière. Si la prestation a été fixée par un jugement ou une convention homologuée, elle constitue un titre exécutoire. Le créancier peut également se tourner vers un huissier de justice pour mettre en oeuvre les mesures de recouvrement. En dernier recours, le non-paiement volontaire peut constituer un abandon de famille, infraction pénale punie de deux ans d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.

Le remariage du créancier met-il fin à la prestation compensatoire ?

Non, contrairement à une idée reçue, le remariage du créancier ne met pas automatiquement fin à la prestation compensatoire versée en capital. Si la prestation a été fixée sous forme de rente viagère, le débiteur peut toutefois demander sa révision ou sa suppression si le remariage a significativement amélioré la situation financière du créancier.

Besoin de plus de renseignements ?

Contactez Maître Claire Genestier, avocat en droit de la famille à Lyon.

Contactez-nous