Le déménagement d’un parent débiteur à l’étranger ne met pas fin à son obligation de verser une pension alimentaire internationale. Cette situation, fréquente dans un contexte de mobilité internationale croissante, nécessite la mise en œuvre de mécanismes juridiques spécifiques pour le recouvrement international de créances alimentaires.
Que le débiteur à l’étranger réside dans un État membre de l’Union européenne, aux États-Unis, en Turquie, en Ukraine ou en Afrique du Nord, des solutions existent pour permettre le recouvrement effectif des sommes dues dans le cadre des obligations alimentaires transfrontalières.
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Les conditions préalables au recouvrement
La première condition pour engager une procédure de recouvrement amiable ou forcé reste l’existence d’un titre exécutoire. Ce document peut prendre plusieurs formes :
- Une décision de justice fixant la pension alimentaire
- Une convention de divorce homologuée par le juge
- Une convention de divorce par consentement mutuel déposée chez un notaire
- Un acte notarié établissant l’obligation alimentaire
- Une convention rendue exécutoire par la CAF ou la MSA selon l’article L. 582-1 du Code de la sécurité sociale
Sans ce titre, les mécanismes de coopération internationale pour le recouvrement des créances alimentaires ne peuvent pas être activés. Il convient donc de régulariser cette situation en priorité si nécessaire.
Les cadres juridiques applicables
Au sein de l’Union européenne
Le règlement (CE) n° 4/2009 du 18 décembre 2008, dit « règlement Obligations alimentaires », organise la circulation des décisions judiciaires étrangères entre les États membres. Ce texte encadre la compétence des tribunaux, détermine la loi applicable et facilite la reconnaissance et l’exécution des décisions dans l’ensemble de l’Union européenne.
Ce règlement permet d’obtenir l’exécution d’une décision française dans un autre État membre sans avoir à reprendre l’intégralité de la procédure judiciaire devant les juridictions étrangères, réduisant ainsi les difficultés liées à la distance.
Avec les États tiers : Convention de New York 1956 et Convention de La Haye 2007
Pour les pays situés hors de l’Union européenne, plusieurs conventions internationales constituent le cadre de référence. La Convention de La Haye 2007 sur le recouvrement international des aliments envers les enfants et d’autres membres de la famille s’applique notamment avec les États-Unis, la Turquie et l’Ukraine. Cette convention de La Haye de 2007 établit un protocole de coopération entre États pour faciliter le traitement des litiges transfrontaliers.
La Convention de New York de 1956 sur le recouvrement des aliments à l’étranger demeure également applicable avec certains États. Cette convention de New York 1956, bien qu’antérieure, continue de régir les relations avec plusieurs pays qui ne sont pas parties à la convention de 2007.
Ces conventions permettent de faire reconnaître et exécuter une décision française à l’étranger par l’intermédiaire de l’autorité centrale compétente désignée dans chaque État. D’autres conventions de La Haye (1958 et 1973) ou des conventions bilatérales peuvent également s’appliquer selon les pays concernés.
Les mécanismes de recouvrement disponibles en France
Même lorsque le débiteur à l’étranger réside hors du territoire national, plusieurs dispositifs français peuvent être mobilisés s’il conserve des revenus ou un patrimoine en France.
L’intermédiation financière par la CAF ou la MSA
Le dispositif d’intermédiation financière, géré par l’Agence de recouvrement et d’intermédiation des pensions alimentaires (ARIPA), assure le prélèvement et le reversement de la pension alimentaire international par l’organisme social. En cas d’impayé, la CAF ou la MSA peut engager un recouvrement forcé.
Ce mécanisme fonctionne même si l’un des parents réside à l’étranger, à condition que le débiteur dispose de revenus en France. La CAF peut tenter une procédure de recouvrement amiable, puis procéder au recouvrement des arriérés et des termes à échoir. À compter du 1er avril 2026, ce dispositif sera étendu pour permettre le recouvrement des termes déjà échus, afin de prévenir l’accumulation des impayés.
La procédure de paiement direct
Cette procédure permet le prélèvement direct de la pension auprès de l’employeur ou d’un tiers débiteur du parent défaillant. Elle repose sur l’existence d’un titre exécutoire et s’avère particulièrement efficace lorsque l’employeur ou le tiers débiteur est établi en France, malgré la résidence du débiteur à l’étranger.
À compter du 1er avril 2026, cette procédure permettra de recouvrer les arriérés jusqu’à 5 ans, renforçant ainsi son efficacité pour les situations d’impayés anciens concernant le montant des obligations alimentaires.
Le recouvrement public par le Trésor public
Sur demande adressée au procureur de la République, un état exécutoire peut être établi pour confier le recouvrement au Trésor public. Cette voie s’avère pertinente lorsque le débiteur possède des biens ou des revenus en France.
La jurisprudence a confirmé que cette procédure peut être engagée même si l’adresse du débiteur n’est pas connue, ce qui présente un intérêt particulier dans les situations de recouvrement international de créances alimentaires où la localisation précise du débiteur peut être difficile à établir.
La reconnaissance des décisions étrangères en France
Lorsqu’une pension alimentaire a été fixée par une juridiction étrangère et que le débiteur réside ou possède des biens en France, il est nécessaire de faire reconnaître cette décision sur le territoire français par une procédure d’exequatur.
Plusieurs mécanismes permettent cette reconnaissance :
- L’application des conventions de La Haye de 1958 et 1973
- Le recours aux conventions bilatérales existantes entre la France et l’État d’origine de la décision
- À défaut, la procédure d’exequatur de droit commun devant le tribunal judiciaire
Une fois la décision rendue exécutoire en France, l’ensemble des mécanismes de recouvrement français devient disponible pour obtenir le paiement des créances alimentaires.
Le rôle du Bureau de recouvrement des créances alimentaires et des autorités centrales
Les autorités centrales compétentes jouent un rôle déterminant dans le processus de recouvrement international. Désignées dans le cadre des règlements européens et des conventions de La Haye, elles facilitent la coopération entre États et accompagnent les créanciers dans leurs démarches.
En France, le Bureau de recouvrement des créances alimentaires (RCA), rattaché au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, constitue l’autorité centrale compétente. Ce bureau du recouvrement des créances alimentaires assure la liaison avec les autorités étrangères et coordonne les procédures de recouvrement international. Il traite notamment la notification internationale de créances alimentaires et effectue les recherches des autorités compétentes pour localiser les débiteurs à l’étranger.
Le Ministère des Affaires étrangères, par l’intermédiaire de ce bureau, peut également procéder à une enquête de personnalité du débiteur lorsque cela s’avère nécessaire pour évaluer sa situation financière et ses capacités de paiement.
Les acteurs de la procédure
Plusieurs professionnels interviennent dans le recouvrement des obligations alimentaires transfrontalières :
- La CAF ou la MSA, via l’ARIPA, pour l’intermédiation financière et le recouvrement forcé
- Le commissaire de justice pour la signification des actes et l’exécution des décisions
- Le procureur de la République pour le recouvrement public
- La direction des finances publiques pour l’exécution des états exécutoires
- Le juge aux affaires familiales pour toute modification ou adaptation de la décision
- L’autorité centrale du pays concerné pour la coordination internationale
Les aspects financiers
Les coûts d’une procédure de recouvrement international varient selon la complexité du dossier et les mécanismes mobilisés. Les frais peuvent s’échelonner de quelques centaines à quelques milliers d’euros, selon qu’il s’agisse d’une simple transmission via les autorités centrales ou d’une procédure contentieuse devant les juridictions étrangères.
Certaines conventions internationales, notamment la Convention de La Haye 2007, prévoient la gratuité de l’intervention des autorités centrales, ce qui limite les frais pour le créancier. Il convient de se renseigner précisément sur les coûts applicables selon le pays concerné et le montant des obligations alimentaires à recouvrer.
La stratégie à adopter pour une victoire judiciaire en recouvrement
Face à un débiteur établi à l’étranger, une approche combinant plusieurs leviers d’action s’avère souvent la plus efficace :
- Vérifier l’existence d’un titre exécutoire français et, le cas échéant, le régulariser
- Identifier les revenus ou biens que le débiteur pourrait conserver en France
- Mobiliser les mécanismes de recouvrement français disponibles (CAF, paiement direct, recouvrement public)
- Parallèlement, engager une procédure de reconnaissance et d’exécution dans le pays de résidence du débiteur via le Bureau de recouvrement des créances alimentaires et l’autorité centrale compétente
- Assurer un suivi régulier des procédures engagées dans les différents pays
Cette stratégie permet de maximiser les chances de recouvrement en exploitant tous les points d’ancrage du débiteur, qu’ils soient situés en France ou à l’étranger. La coordination entre la procédure de recouvrement amiable et les actions contentieuses renforce l’efficacité du dispositif.
Conclusion
Le recouvrement international de créances alimentaires s’appuie sur un ensemble de mécanismes juridiques qui, bien que complexes, offrent des solutions concrètes aux créanciers. L’existence de cadres juridiques européens et internationaux, notamment la Convention de New York 1956 et la Convention de La Haye 2007, combinée aux dispositifs de recouvrement français, permet d’agir efficacement même lorsque le débiteur à l’étranger réside hors du territoire national.
La clé du succès réside dans la compréhension des outils disponibles et leur mobilisation coordonnée. Le recours au Bureau de recouvrement des créances alimentaires, rattaché au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, facilite les démarches auprès des autorités centrales compétentes étrangères. L’accompagnement par un professionnel du droit familial international permet d’optimiser la stratégie de recouvrement des obligations alimentaires transfrontalières et d’éviter les écueils procéduraux.