Aller au contenu principal
Excellim Avocats
Succession 7 min de lecture

La donation-partage : un outil de transmission patrimoniale anticipée

Maître Claire Genestier

Maître Claire Genestier

Avocat en droit de la famille — Barreau de Lyon

La donation-partage : un outil de transmission patrimoniale anticipée
Sommaire de l'article

La donation-partage permet à une personne de transmettre et de répartir de son vivant tout ou partie de son patrimoine entre ses héritiers présomptifs. Cet acte notarié offre une solution pour organiser sa succession de manière anticipée, tout en bénéficiant d’un cadre fiscal avantageux. Cette expression de volonté du donateur organise un partage définitif des biens de succession avant même l’ouverture de celle-ci.

Excellim Avocats, cabinet d’avocats en successions à Lyon, présente la donation-partage.

Définition et caractéristiques de la donation-partage

La donation-partage se distingue de la donation simple par sa double nature : elle constitue à la fois une libéralité et un partage anticipé de la succession. Régie par les articles 1075 et suivants du Code civil, elle nécessite obligatoirement l’intervention d’un notaire pour établir un acte notarié authentique.

Contrairement à une donation classique, la donation-partage fige la valeur des biens transmis au jour de l’acte. Cette évaluation au jour de la donation évite les contestations ultérieures lors du règlement de la succession, puisque les biens ne seront pas réévalués au décès du donateur. Ce mécanisme de partage définitif sécurise la transmission patrimoniale.

Les différentes formes de donation-partage

Le dispositif peut prendre plusieurs formes selon la situation familiale :

  • La donation-partage simple : réalisée par un seul donateur au profit de ses héritiers présomptifs
  • La donation-partage conjointe : effectuée conjointement par les deux époux, portant sur des biens communs ou propres
  • La donation-partage transgénérationnelle : permet d’inclure les petits-enfants avec l’accord des enfants renonçant à leur part
  • La donation-partage cumulative : intègre des biens précédemment donnés pour les répartir entre tous les héritiers

Les avantages de la donation-partage

Prévenir les conflits successoraux

La répartition des biens de succession du vivant du donateur limite les risques de désaccord entre héritiers présomptifs. Le donateur organise lui-même le partage selon ses souhaits, en tenant compte des besoins et situations de chacun. Les bénéficiaires acceptent expressément les lots qui leur sont attribués lors de la signature de l’acte notarié, manifestant ainsi leur expression de volonté.

Figer la valeur des biens transmis

L’évaluation au jour de la donation présente un avantage considérable pour la transmission patrimoniale. Même si un bien prend de la valeur après la transmission, cette plus-value ne sera pas prise en compte lors du règlement de la succession. Cette règle s’applique aussi bien pour le calcul des droits de succession que pour la réserve héréditaire. Ce principe de partage non-réversible protège les bénéficiaires des fluctuations du marché.

Optimiser la fiscalité de la transmission

Les biens de succession transmis par donation-partage sortent de l’actif successoral du donateur. Ils ne supporteront donc pas de droits de succession au décès. Les abattements fiscaux applicables aux droits de donation peuvent être renouvelés tous les 15 ans, permettant une transmission progressive et optimisée du patrimoine. Les droits de mutation à titre gratuit sont calculés sur la valeur des biens au moment de l’acte.

La procédure de mise en place d’une donation-partage

Les conditions requises

Le donateur doit disposer de la capacité juridique et du discernement nécessaire pour réaliser l’acte. Il doit être propriétaire des biens transmis et ne peut donner que la quotité disponible de son patrimoine, en respectant la réserve héréditaire de ses enfants. Cette limite protège les droits des héritiers réservataires.

Les bénéficiaires doivent accepter la donation et le partage proposé, manifestant leur expression de volonté. Ils peuvent être des descendants directs (enfants, petits-enfants) ou, en l’absence de descendance, d’autres héritiers présomptifs.

Le rôle du notaire dans l’acte notarié

L’intervention du notaire est obligatoire pour établir l’acte notarié de donation-partage. Il vérifie la capacité du donateur, s’assure du respect de la réserve héréditaire et conseille les parties sur les modalités optimales de transmission.

Le notaire procède également à l’évaluation au jour de la donation des biens transmis, élément déterminant puisque cette valeur sera figée pour le partage définitif. Il rédige l’acte, recueille les signatures et effectue les formalités de publicité foncière si des biens immobiliers et mobiliers sont concernés.

Les étapes de réalisation

  1. Consultation préalable du notaire pour définir le projet de transmission
  2. Inventaire et évaluation des biens de succession à transmettre
  3. Détermination des lots attribués à chaque héritier présomptif
  4. Rédaction du projet d’acte notarié et vérification par les parties
  5. Signature de l’acte authentique en présence du notaire
  6. Accomplissement des formalités d’enregistrement et de publicité

Pour plus d’informations, consultez le guide des successions rédigé par nos avocats.

Le régime fiscal applicable : droits de donation et abattements

Les abattements et barèmes des droits de donation

Chaque bénéficiaire profite d’un abattement personnel renouvelable tous les 15 ans sur les droits de donation. En 2024, ces abattements s’établissent à :

  • 100 000 euros pour chaque enfant
  • 31 865 euros pour chaque petit-enfant dans une donation-partage transgénérationnelle
  • 80 724 euros pour le conjoint ou partenaire de PACS
  • 15 932 euros pour un frère ou une sœur
  • 7 967 euros pour un neveu ou une nièce

Au-delà de ces abattements, les droits de mutation à titre gratuit sont calculés selon un barème progressif variant de 5 % à 45 % en ligne directe.

Les réductions de droits

Une réduction de 50 % des droits de donation s’applique si le donateur a moins de 70 ans lors de la transmission de la nue-propriété d’un bien immobilier, d’un fonds de commerce ou de parts sociales.

Les donations de parts ou actions de sociétés peuvent bénéficier du dispositif Dutreil, permettant une exonération de 75 % de leur valeur sous certaines conditions d’engagement collectif et de conservation.

Les frais notariés pour l’acte notarié

Les émoluments du notaire sont proportionnels à la valeur des biens transmis, selon un barème dégressif fixé par décret. Ces frais comprennent également les droits d’enregistrement et les débours liés aux formalités administratives. Pour une donation-partage incluant des liquidités en donation-partage ou des biens immobiliers et mobiliers, le notaire calcule ses honoraires sur la valeur totale transmise.

Les limites et précautions à observer

Le respect de la réserve héréditaire

La donation-partage ne peut porter atteinte aux droits des héritiers réservataires. Si le donateur a consenti des libéralités excessives, une action en réduction pourra être exercée au moment de la succession pour rétablir l’équilibre. La réserve héréditaire constitue une protection légale des descendants.

L’irrévocabilité du partage définitif

Une fois signée, la donation-partage ne peut être révoquée, sauf cas exceptionnels prévus par la loi (ingratitude du donataire, inexécution des charges). Le donateur se dessaisit définitivement des biens transmis par cet acte notarié. Ce partage définitif caractérise la nature non-réversible de l’opération.

Il convient donc de conserver suffisamment de patrimoine pour maintenir son niveau de vie et faire face aux aléas. La réserve d’usufruit sur les biens donnés permet de continuer à en percevoir les revenus tout en organisant la transmission des biens de succession.

Les situations familiales complexes

Dans les familles recomposées, la donation-partage nécessite une attention particulière. Il est possible d’inclure les enfants d’un premier lit et ceux du couple actuel parmi les héritiers présomptifs, mais les règles de répartition doivent être scrupuleusement respectées.

L’absence d’un héritier lors de la signature ne remet pas en cause la validité de l’acte, mais peut créer des déséquilibres lors de la succession si des dispositions complémentaires n’ont pas été prises.

La donation-partage et le rapport successoral

Les biens transmis par donation-partage sont dispensés de rapport à la succession. Leur valeur, fixée par l’évaluation au jour de la donation, ne sera pas réintégrée fictivement dans l’actif successoral pour calculer la réserve héréditaire et la quotité disponible.

Cette règle constitue une différence notable avec les donations simples, qui doivent être rapportées à la succession pour leur valeur au jour du décès. Elle renforce la sécurité juridique du partage définitif et limite les contestations ultérieures entre héritiers présomptifs.

Comparaison avec d’autres outils de transmission

Donation-partage versus donation simple

La donation simple ne comporte pas de partage immédiat entre les héritiers. Les biens donnés devront être rapportés à la succession, avec une réévaluation au jour du décès. La donation-partage offre donc une meilleure prévisibilité grâce à l’évaluation au jour de la donation et évite les litiges liés à l’évolution de la valeur des biens de succession.

Donation-partage versus testament-partage

Le testament-partage ne produit ses effets qu’au décès et reste révocable. Il ne permet pas de bénéficier des abattements fiscaux sur les droits de donation de manière anticipée. La donation-partage, en revanche, transfère immédiatement la propriété par acte notarié et active les avantages fiscaux.

L’intérêt du démembrement de propriété

La donation-partage peut porter sur la pleine propriété ou uniquement sur la nue-propriété des biens. Le démembrement permet au donateur de conserver l’usufruit, donc l’usage et les revenus des biens transmis, tout en organisant le partage définitif de la transmission.

Cette technique réduit la base taxable des droits de mutation à titre gratuit, puisque seule la valeur de la nue-propriété est prise en compte. Au décès de l’usufruitier, les nus-propriétaires deviennent pleins propriétaires sans formalité ni fiscalité supplémentaire.

La donation-partage transgénérationnelle : une transmission sur plusieurs générations

La donation-partage transgénérationnelle permet d’associer petits-enfants et enfants dans un même acte notarié. Cette formule nécessite l’accord express des enfants qui acceptent que leurs propres enfants reçoivent directement une part des biens de succession. Cette expression de volonté doit être formalisée dans l’acte.

Ce dispositif optimise la transmission en sautant une génération pour certains biens, tout en bénéficiant des abattements fiscaux applicables aux donations en ligne directe. Les droits de donation sont calculés selon le lien de parenté entre le donateur et chaque bénéficiaire.

Les biens transmissibles par donation-partage

La donation-partage peut porter sur l’ensemble du patrimoine du donateur ou sur une partie seulement. Elle peut inclure des biens immobiliers et mobiliers, des liquidités en donation-partage, des titres de sociétés, des parts sociales ou encore des biens professionnels.

L’évaluation au jour de la donation de ces différents actifs doit être réalisée avec précision par le notaire, car elle détermine la répartition entre héritiers présomptifs et le montant des droits de donation. Cette évaluation fige définitivement la valeur des biens pour le partage définitif.

Besoin d'un accompagnement ?

Consultez un avocat expert

Le cabinet Excellim Avocats vous accompagne en droit de la famille à Lyon. Prenez rendez-vous pour un entretien confidentiel.

À lire également

Articles sur le même thème

La situation du conjoint survivant dans la succession
Succession

La situation du conjoint survivant dans la succession

Le décès d’un époux entraîne l’ouverture de sa succession. Les droits successoraux du conjoint survivant bénéficient d’une protection particulière dans le droit français, avec des prérogatives qui varient selon la composition de la famille et les choix effectués. La protection du conjoint survivant constitue un objectif du législateur, qui lui accorde des droits spécifiques et […]

Le statut juridique de l’héritage pendant le mariage
Divorce

Le statut juridique de l’héritage pendant le mariage

Lorsqu’un époux reçoit un héritage pendant le mariage, celui-ci conserve en principe un caractère personnel. Cette règle s’applique quel que soit le régime matrimonial choisi par les époux, qu’il s’agisse de la communauté réduite aux acquêts, de la séparation de biens ou de la communauté universelle. Le Code civil établit une distinction claire entre les […]

Qu’est-ce que le recel successoral ?
Droit pénal

Qu’est-ce que le recel successoral ?

Le recel successoral désigne la fraude commise par un héritier qui dissimule volontairement l’existence de biens successoraux ou qui s’en approprie frauduleusement une partie. Cette pratique de dissimulation vise à obtenir une part d’héritage supérieure à celle à laquelle il peut prétendre légalement, créant ainsi une répartition inéquitable de l’héritage au détriment des autres cohéritiers. […]